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Des psychothérapeutes enseignants dans les universités francophones belges tirent une sonnette d'alarme

Voici la carte blanche publiée ce 6 janvier, dans le journal "Le Soir"

Une proposition de loi qui met en danger le citoyen et l’avenir de la psychothérapie en Belgique

Actuellement, aucune loi ne réglemente l’exercice de la psychothérapie en Belgique, laissant ainsi se développer toutes sortes de pratiques, dont certaines sont plus que douteuses et constituent un réel danger pour la santé et le bien-être de nos concitoyens. Nous pourrions dès lors nous réjouir que la proposition de loi Muylle et consorts (DOC 3243/001) soit soumise ce 8 janvier à l’examen de la commission « Santé » de la Chambre. Cette proposition porte sur l’exercice de la psychothérapie en la définissant et en fixant les critères de formation au port du titre de psychothérapeute. Cependant, en tant que psychothérapeutes enseignant la psychothérapie dans les universités belges, nous nous inquiétons de plusieurs éléments constitutifs de la proposition dans sa forme actuelle, éléments qui mettent en danger tant le citoyen que l’avenir de la pratique de la psychothérapie dans notre pays.
Cette proposition ouvrirait l’habilitation à l’exercice de la psychothérapie à toute personne disposant d'un diplôme de l'enseignement supérieur, issu d’un domaine très largement défini comme "médico-psycho-social". Ce diplôme devrait être complété par un enseignement de «notions de base de la psychologie», évalué et délivré par les Hautes Ecoles ou les Universités, donnant accès à une formation délivrée par un institut agréé, privé ou public. Ainsi, moyennant une telle formation, nutritionnistes, sociologues, spécialistes en communication, etc. pourront être reconnus comme psychothérapeutes. Ces formations n’offrent malheureusement pas les bases (théoriques et pratiques) minimales requises pour poser un diagnostic ou juger de la pertinence, pour un cas donné, d’une intervention psychothérapeutique. Pensons, par exemple, à la prise en charge d’un adolescent suicidaire. En effet, poser de tels actes avec une sécurité optimale requiert une connaissance approfondie des apports scientifiques relatifs aux diverses dimensions du fonctionnement psychologique. La psychothérapie ne peut être limitée à l’application d’un modèle théorique particulier et de techniques spécifiques de traitement. Confier le citoyen à des mains aussi peu préparées dans le domaine de la psychologie et des relations interpersonnelles le met en danger d’erreurs dans l’indication de traitement dont les dommages sont parfois irréparables et coûteux pour la personne et la santé publique.
L’ouverture de la psychothérapie à un tel éventail de formations de base est aussi en décalage total avec la plupart des pays où la psychothérapie est bien implantée et reconnue dans le système des soins de santé. Dans ces pays, l’exercice de la psychothérapie est réservé aux médecins psychiatres et aux psychologues universitaires disposant, en sus, d’une formation post-graduée spécifique de minimum 3 ans. Plusieurs pays (Canada, Royaume-Uni, Pays-Bas, USA…) réclament même un doctorat spécifique pour pouvoir être reconnu comme psychothérapeute. La proposition actuelle va donc totalement à l’encontre de la tendance observée dans nombre d’autres pays, basée sur un approfondissement de la formation requise pour exercer la psychothérapie, ceci au bénéfice des usagers. Ceci constitue le premier dommage relatif à cette proposition de loi.
Le deuxième dommage potentiel est de figer le domaine de la psychothérapie dans quatre courants psychothérapeutiques (à orientation psychanalytique et psychodynamique, à orientation comportementale et cognitive, à orientation systémique et familiale et à orientation humaniste centrée sur la personne et expérientielle). L’exercice de la psychothérapie devrait ainsi obligatoirement s’inscrire dans un de ces quatre courants. Or, cette partition ne correspond plus à la réalité de terrain car bon nombre de psychothérapeutes ne s’identifient pas à un courant et s’appuient sur les connaissances issues de la recherche provenant de différents champs de la psychothérapie. Depuis plus de deux décennies, comme constaté par le Conseil supérieur de l’Hygiène (2005 CSH7855), la majeure partie des articles et des études scientifiques en psychothérapie mettent l’accent sur la prise en compte des données scientifiquement validées et de critères généralement acceptés dans la pratique quotidienne ou encore des critères relevant de valeurs personnelles du patient/client. Cette approche, basée sur des données cliniques et empiriques, vise à formuler des hypothèses sur les processus responsables des souffrances, des dysfonctionnements et des troubles et développe des procédures et des interventions contribuant à corriger spécifiquement ces processus ou à modifier leurs effets. Force est de constater que la proposition de loi ne prend pas en compte cette évolution.
Le troisième dommage de cette proposition de loi est d’instituer les représentants des quatre courants précités comme autorité pour valider les pratiques et les formations, les plaçant ainsi dans une position de régulateur de la profession où ils sont à la fois juges et parties. En effet, la plupart des associations et instituts affiliés à ces courants proposent des formations privées dont l’accréditation serait statuée par leurs mêmes représentants. Avec une telle définition des organes de régulation de la psychothérapie, on peut légitimement douter que toute autre approche, aussi solidement fondée aux plans scientifique et académique soit-elle, puisse obtenir une reconnaissance légale. Ainsi, un groupe en place serait mis en situation de quasi monopole, avec le pouvoir de décider quelles pratiques et quelles formations peuvent recevoir l’accréditation légale. Dans une société démocratique, il nous semble que la validation des "savoirs" n'est en aucun cas du ressort d’associations professionnelles ou d’instituts privés. N’est-ce pas le rôle spécifique des Universités ou des Académies royales qui disposent des moyens nécessaires et de l’indispensable indépendance pour mener à bien une telle mission ?
En conclusion, nous dénonçons avec force les éléments de cette proposition de loi qui mettent en danger des citoyens déjà fragilisés psychologiquement en les confiant à des « psychothérapeutes » à l’évidence trop peu formés. Cela pourrait avoir un coût que la présente loi cherche à réduire. En outre, elle institue le monopole de certains acteurs peu représentatifs des évolutions actuelles de la psychothérapie, en les mettant dans un conflit d’intérêt, et favorise une privatisation de la formation. Nous souhaitons ardemment un cadre légal qui, à l’instar de ce qui se passe en Allemagne, aux Pays-Bas, au Luxembourg, etc., réserve l’exercice de la psychothérapie aux personnes disposant d’une solide formation de base dans le domaine et qui soit régulé par des instances respectant les diversités d’approches tout en offrant des garanties concernant les compétences et les conflits d’intérêts.

Signataires
Prof. Joël Billieux (UCL)
Prof. Sylvie Blairy (ULg)
Prof. Jan De Mol (UCL)
Prof. Anne-Marie Etienne (ULg)
Prof. Hono. Ovide Fontaine (ULg)
Prof. Barbara Gabriel (UCL)
Prof. Stéphan Hendrick (UMons)
Prof. Charles Kornreich (ULB)
Dr. Frank Laroi (ULg)
Prof. Philippe Lekeuche (UCL)
Prof. Pierre Maurage (UCL)
Prof. Pierre Philippot (UCL)
Dr. Yves Simon (ULB)
Prof. Jacques Van Rillaer (ULB – UCL)
Prof. Hono. Michel Ylieff (ULg)

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About me

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  • Président de l'Institut des Sciences Psychologique (IPSY)
  • National Science Fundation Research Master
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  • Professor of Psychology at the University of Louvain (UCL).

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  • Association pour le Développement de la Mindfulness